C'est tout à fait par hasard, que j'apprends par un avis dans le Figaro, le décès d'Augustin GAGEY, chanoine du chapitre de Saint Bénigne et archi prêtre de la cathédrale, avec lequel j'ai collaboré pendant plus de 10 ans au sein du conseil pastoral de Saint Bénigne en m'occupant entre autre de l'organisation des cérémonies, du groupe des lectures et de celui des enfants de chœurs (plus d'une trentaine à l'époque). C'est toute l'originalité et la puissance des nouvelles affirmations de Vatican II que de diversifier la proclamation de la foi au travers les engagements et les actions pastorales de chacun.

Il me semble indispensable de souligner par quelques mots combien cet homme au charisme exceptionnel a pu marquer la période où il a assuré son ministère à la cathédrale de Dijon. "Etat" dans le diocèse, l'opposition a toujours été forte avec les maîtres successifs : Mgr de la brouse, Mgr Albert Decourtray, Mgr Jean Balland, Mgr Michel Colloni et l'archi prêtre n'accueillait que rarement son évêque dans son église.

C'est cet homme à la très forte personnalité qui s'est engagé dans des actions les plus diverses dont je veux rappeler certaines qui remontent à ma mémoire.... :

A la cathédrale :

L'animation du Conseil pastoral était toujours fait avec vigueur et bienveillance. (outre les sujets classiques, elle se déclinait aussi sur le nettoyage bénévole de la cathédrale, le fleurissement de l'église, les visites du bâtiment ....)

Avec un don de la parole inné, les prêches étaient suivis par les habitants de la paroisse mais aussi par de nombreux autres fidèles de sorte que les assemblées trop denses pour la cathédrale pourtant grande, prenaient des allures de rassemblements militants. A mon grand dam, je fus pendant une longue période chargé d'accueillir dans une chapelle voisine les enfants de la messe pendant le sermon pour leur apporter bien modestement une parole un peu plus à leur portée et perdre par là même l'opportunité d'entendre moi même la vigoureuse Parole.

A l'abbaye de la buissiere :

Conservateur farouche de l'abbaye de la Bussière, il s'était lancé dans la restauration du site en faisant des lieux un endroit de retraite et de ressourcement.  Le principe était la récupération des timbres postes oblitérés, qui pouvaient être revendus et alimenter les finances de l'abbaye. Nous avons aussi découvert une nouvelle race d'emprunts avec des obligations remboursables au "paradis", même le gouvernement de la nation pourtant jamais à court d'idées n'avait pas osé nous proposer celle-là. Nous ne sommes pas très loin des indulgences.

Combien de retraites sur Vatican II a t il prêché là !!! Très impliqué dans son temps et dans la modernité de son temps, il était cependant pour lui impensable que le moindre chrétien puisse ignorer les préceptes de Vatican II et encore moins ne pas les appliquer dans toute leur audace. Il fallait considérer selon lui Vatican II comme un événement considérable de l'Église catholique, la conduisant vers une ouverture au monde moderne et à la culture contemporaine faite de progrès technologiques, d'émancipation des peuples et de sécularisation de ses membres.

Les groupes Foi et Vie :

A l'initiative des groupes Foi et vie, groupe de réflexion et de pastorale familiale, il a inlassablement donné son temps pour leurs animations et leurs diffusions très au delà du diocèse.

Augustin Gagey nous quitte à 96 ans, après 71 ans de prêtrise. La république elle même avait souhaité mettre à l'honneur un de ses servitudes en lui décernant la Légion d'honneur. J'ai encore le souvenir précis de la remise de la médaille dans les jardins du musée archéologique, (ancien dortoir des bénédictins, jouxtant la cathédrale). Robert Poujade avait prononcé le discours habituel de l'hommage du récipiendaire, avec le talent linguistique qu'on lui connaissait.

Augustin Gagey a fait sa réponse en homme d'église et telle une eucharistique, la médaille fut virtuellement fractionnée d'abord entre les vicaires de la cathédrale, ensuite avec le conseil pastoral, puis pulvérisée entre tous les fidèles de la paroisse qui devaient être selon lui, tous honorés à ses cotés.

Nul doute que vous êtes maintenant Père Gagey, dans la lumière et que vous savez .....

poujadeAllocution de Monsieur Robert Poujade à la remise de la Légion d'Honneur à Monsieur le Chanoine Gagey le 14 septembre 1986 :

Monsieur le Chanoine,

Vous m'avez fait l'honneur et l'amitié de me demander de vous remettre la Croix de la Légion  et je ne vous cache pas que j'en ai été très touché.

Vous avez voulu marquer qu'entre le parrain que vous avez choisi et le parrainé, il y avait une double relation : fonctionnelle parce que l'archiprêtre de la cathédrale et le maire de la ville sont deux guetteurs chacun sur leur tour dont les regards se croisent et souvent se rejoignent, que ce soit dans l'incertitude ou dans l 'espérance, amicale parce que les années passées dans cette guette commune ont fait naître la confiance et la sympathie.

Quant la république française décore, ce qui est à frai dire fort rare, un homme d'Eglise, des ordres nationaux, elle prends acte de ce qu'il a tenu et tient une place éminente dans la Cité, qu'il a marqué de son rayonnement la vie sociale, bref qu'elle est obligée, je ne dirai pas bon gré mal gré, de reconnaître que son rayonnement est indiscutable et indiscuté. C'est, si vous me permettez cette audacieuse image, une sorte de béatification laïque qui comporte l'avantage ou l'inconvénient qu'on la reçoit de son vivant.

Chacun sait la place qui est la vôtre  dans l'Eglise de Côte-d'orienne, dans le cœur de vos paroissiens, dans la vie de la cité. Cette cité vous l'aimez, et vous êtes profondément dijonnais, comme votre nom l'indique, qui est tout à fait de chez nous. Vous y avez fait vos humanités à l'Ecole Saint-François de Sales, pépinière de bons esprits, avant d'entreprendre vos études de philosophie et de théologie au séminaire de Dijon.

L'intermède de la seconde guerre mondiale vous a vu sous l'uniforme de lieutenant de  l'administration de Santé après l'école d'officier d'administration de Vincennes. Vous avez, après 1940, aidé au passage en zone libre d'un certain nombre d'évadés. Le dernier fut un officier belge que vous avez accueilli sous votre toit de bon samaritain. Mais le faux évadé était un vrai agent de la Gestapo. La providence intervient sous la forme sévère d'un terrible accident qui vous immobilisa le lendemain sur un lit d'hôpital.

Vous avez connu au Petit séminaire, la punition des bons élèves qui est, comme chacun sait, le métier de professeur. Puis on vous envoya faire vos premières armes à Beaune, huit ans vicaire, avant de vous confier des paroisses dans le Chatillonnais et dans l'Auxois.

Les preuves ayant été faites, on vous ramena dans la ville natale, et les preuves avaient été vraimeent bien faites puisque vous y deveniez le Curé-Archiprêtre de notre grande cathédrale.

Et depuis bientôt trente ans, votre présence, votre parole, une éloquence nourrie d'enthousiasme et de culture, une connaissance intime de votre paroisse, une charité qui n'exclut pas la plus lucide fermeté, ont fait de vous, une grende figure del'Eglise Côte-d'orienne et de notre capital régionale. votre parole a retenti bien au-delà de votre église cathédrale, dans tant de retraite, de veillées, de sessions post conciliaires, dans le grand élan de Foie t Vie que vous avez inspiré et soutenu. ce n'est pas en vain que vous fûtes appelé à l'aube de votre vie "Augustin" : pour vous l'élan de la foi est inséparable de la réflexion.

Cette réflexion était bien nécessaire en face de la tourmente qui a secoué l'Eglise comme elle a secoué l'ensemble de la société. Cette tourmente a profondément marqué les prêtres et les croyants de votre génération. Elle a suscité les emportements les plus généreux et les plus aberrants, des désespoirs insurmontés et des enrichissements inespérés. "Malheur à celui qui est seul et qui tombe, sans voir un second pour le relayer". Vous n'êtes point tomb" et vous avez relevé bien des courages.

Dans ces combats spirituels, vous n'avez jamais manquer de porter la plus grande attention à la vie de la Cité, et en particulier à sa vie culturelle. Vous lui avez largement ouvert les portes de Saint Bénigne, comme vous les avez largement ouvertes à ces touristes qui ont eu parfois en vous le plus savant, le plus étonnant des guides. Et je n'oublie pas votre hère abbaye de Labussière. C'est même à son propos que vous m'avez demandé, ce qui de votre part m'a le plus étonné, il y a quelques années; des pavés. Mais ce n'était pas pour faire des barricades. Aujourd'hui nous en sommes aux tuiles, que vous avez préférées colorées et vernissées, pour que Saint-Bénigne apparaisse aux passagers du T.G.V., comme une beau signal de Bourgogne.

Cher Monsieur le Chanoine, je vous écoutais dimanche adressant à des hommes et des femmes venus du monde entier, un message peu banal dans sa vigueur brutale et généreuse, fait pour éveiller et secouer les consciences. Et je devinais que vous aviez un peu dans la pensée, le cri du Prophète Isaïe. : "Veilleur où en est la nuit" ? et la célèbre réponse : "Le matin vient, mais aussi la nuit. Si vous voulez le savoir, revenez interroger".

Et vous inviter ces hommes si divers à s'interroger, à espérer la fin de la nuit et à attendre le matin.

Et nous étions tous fiers d'entendre le curé de noter cathédrale, s'adressant aux croyants de toutes religions comme aux incroyants leur adresser un message universel de si haute signification.

C'est pourquoi tous ceux qui sont ici réunis, même si pour vous les récompenses de votre mission essentielle sont d'un autre ordre, vous savent gré d'accepter cette décoration qui s'adresse au prêtre et au citoyen.

Réponse du père Gagey :

 

Je vous avoue que je n'aime pas beaucoup être en vedette, mais aujourd'hui c'est comme cela et je le prends comme tel. D'ailleurs si j'ai accepte de recevoir cette décoration, c'est parce que je pense qu'elle est gagnée et méritée par beaucoup.

Monsieur Poujade, merci, vos mots aimables m'ont touché. Nous nous connaissons de longue date. nous travaillons ensemble, chacun de notre coté, mais nous avons eu maintes occasions de nous rencontrer.

Je voudrais vous dire que la médaille que vous venez de me donner, j'ai envie déjà tout de suite de la couper en 4, parce que je n'ai pas le droit de la recevoir seul, si je ne la reçois pas avec mes 3 collègues : nous sommes  solidaires. L'abbé Demaizières, l'abbé Devedeux, l'abbé Delaborde sont mes collaborateurs habituels et je ne serais pas ce que je suis s'ils n'étaient pas là. De sorte que nous allons tout de suite couper en quatre cette médaille et chacun en prendra un quart.

Je pense qu'il y a beaucoup plus.

Etre curé d'une cathédrale, c'est être un personnage. On est plus en vue que tant d'autres de mes confrères qui passent leurs temps humblement et bien souvent sans être connus et reconnus surtout dans nos campagnes. Je pense à tous ceux-là, parce que dans mes années de sacerdoce, j'en ai rencontré un grand nombre qui ont passé des années, des dizaines années quelque fois, dans des ministères de campagne, extrêmement rudes, extrêmement difficiles qui ont vu les crises de l'Eglise, qui ont vu leur église se vider, qui ont connu des difficultés de toutes sortes, qui ont affronté le froid et la pluie et qui ont fait leur ministère fidèlement et dans le secret. Alors je voudrais encore diviser la médaille pour qu'ils en aient tous un petit morceau, parce que je les estime et que je reconnais en eux des hommes de valeur.